Centre-villes à 20 km/h, quasiment pas d'accidents

Publié le par Jean MINNAERT

Un article du figaro... pour information...

 

Des centre-villes à 20 km/heure

Angélique Négroni

27/10/2008 | Mise à jour : 22:30

 

Une fois l'arrêté publié, dans les prochains jours, les maires français pourront s'emparer de ce concept qui a déjà séduit la Suisse.

Dans des «zones de rencontre», les piétons pourront marcher au beau milieu des voitures. Saint-Malo, Metz et Strasbourg sont intéressées.

 

Ce pourrait être le nom d'un nouveau site pour célibataires à la recherche de l'âme sour. On en est loin. «Zone de rencontre» désigne un nouveau concept de circulation adopté par la France et qui, par un décret du 30 juillet dernier, a rejoint le Code de la route.

 

Pour comprendre ce qui pourrait se passer, il suffit d'imaginer une place ou encore une rue où le piéton sera roi. Fini pour lui les accès limités aux trottoirs et aux passages piétons qui disparaîtront. Dans cette espèce de loft urbain où l'espace sera décloisonné pour le passant, ce dernier pourra se balader sur la chaussée au milieu des voitures, marcher aussi dans les couloirs de bus ou de taxis et être à chaque fois prioritaire. Quant aux vélos, ils pourront rouler à contresens de la circulation dès qu'on les y autorisera !

 

La contrepartie de cette joyeuse confusion organisée : la vitesse devra obligatoirement être limitée à 20 km/h et des aménagements particuliers - comme des bandes rugueuses au sol ou des revêtements de couleurs différentes - aideront l'automobiliste à lever le pied. «Le respect de la vitesse, c'est la règle d'or pour que ça marche. Dès qu'elle est baissée d'un kilomètre par heure, le nombre d'accidents chute de 4 %», rappelle Benoît Hiron, chef du groupe sécurité des déplacements et usagers au Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme).

 

L'objectif d'un tel aménagement : parvenir à une certaine mixité entre les usagers et améliorer leur sécurité. Pure folie ? Dès les prochains jours, une fois l'arrêté publié, les maires pourront s'emparer de ce nouveau concept qui a déjà séduit la Suisse depuis plusieurs années. Des centaines de zones de rencontre émaillent le paysage urbain helvétique.

 

«Quasiment pas d'accidents»

 

L'une d'elles ne passe pas inaperçue puisqu'elle est située devant la gare de Genève. Avec les 100 000 usagers qui rejoignent chaque jour les trains, le pari était audacieux. Et pourtant. «Il n'y a quasiment pas d'accidents. Au début, les bus et les taxis ont eu un peu de mal à s'y faire et il a fallu recourir à quelques aménagements pour les obliger à respecter la vitesse», raconte Alain Rouiller, consultant à l'association transport et environnement (ATE), structure réputée en Suisse pour promouvoir les conduites douces. Autre exemple, une place située à Bienne. Traversé par 15 000 véhicules, 1 200 bus par jour et des milliers de piétons, l'endroit favorise la mixité entre usagers. En toute sécurité ! Décliné aussi dans nombre de rues, le concept se heurte à quelques réticences. «Des villes l'ont adopté devant des écoles et des parents d'élèves ont fait part de leur réserve, préférant le passage piétonnier pour la sécurité de leurs enfants», reconnaît Alain Rouiller.

 

Autre forme de résistance : celle provenant des personnes âgées désemparées face à ces nouvelles règles, mais aussi des handicapés, notamment des aveugles. «Les trottoirs ayant parfois disparu, il a fallu leur reconstituer de nouveaux repères avec un marquage au sol», poursuit Alain Rouiller. Quant aux chiens d'aveugles, dressés pour repérer les passages piétons, ils ont dû retourner en formation.

 

En France où il faudra nécessairement tenir compte des personnes à mobilité réduite, quelques villes se disent prêtes à recourir à la zone de rencontre. Parmi elles, Saint-Malo, Metz ou encore Strasbourg, ville innovante en matière de transports. «On est dans une démarche expérimentale et l'on veut donner priorité au maximum aux piétons et aux vélos. Les zones de rencontre auront tout naturellement leur place», explique son maire adjoint en charge de l'urbanisme, Alain Jund.

 

Chambéry, qui depuis trente ans a multiplié des aménagements dans le droit fil de la zone de rencontre, compte également développer ces dernières. «Les chiffres nous encouragent à aller dans ce sens : on est passé de 453 accidents en 1979 à 32 en 2006», se félicite Jean-Claude Trotel, adjoint en charge de la circulation en poursuivant : «On est parvenu à changer les mentalités.» Avec la zone de rencontre, il s'agira aussi de bousculer les habitudes.

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